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L'attachement

03/03/2021

L'attachement

Dernières causes de souffrance citées par Patanjali dans les sutras yoga : l’attachement à la vie.
Oui, vous avez bien entendu ! Mais avant de nous offusquer...essayons de comprendre !


« L’attachement à la vie, lié au sentiment que l'on a de son importance, est établi même chez l’érudit. » (2.9)


Je me souviens, lors de mon passage Ă  l’ashram Kaivalyadhama en Inde, qu’une des professeurs, la Dr Rajani Pradhan, spĂ©cialisĂ©e dans les Yoga sutras, avait conclu son cours en disant : « le corps n’est qu’un moyen de transport, vous savez. » Cela avait un peu interloquĂ© l’auditoire et particulièrement nous, les Occidentaux, qui apportons Ă  notre corps physique beaucoup de considĂ©ration...  
Dans le yoga traditionnel, comme nous l’avons vu dans les précédents articles :

 
• D’une part, on nous sensibilise sur l’aspect impermanent de notre corps, et donc pourquoi s’identifier à quelque chose qui, par nature, nous échappe puisqu’il change tout le temps ? La mort n'est-elle pas simplement un nouvel état ?


• D’autre part, ce corps sensible, altérable, le corps tel qu’on le perçoit dans la vie ordinaire, nous guide vers la connaissance d’un centre inaltérable (sans souffrances) que chacun porte en soi, et que la pratique du yoga permet de découvrir. C’est-à-dire qu’en débroussaillant le chemin d’accès à nous-même, nous nous rapprochons du trésor...


Notre corps est donc plus un « moyen » qu’une fin. Et croire que nous « finissons » le jour de notre mort est, pour le yoga, une manifestation de notre ignorance. 
S’intéresser au « moyen de transport » corps est donc salutaire car, c’est bien connu, pour aller loin on ménage sa monture. Mais la quête quasi obsessionnelle de postures virtuoses et d’un corps parfait est-elle un facteur si primordial sur la voie du yoga ? La question est posée...
Patanjali, dans ce sutra, Ă©voque l’instinct de vie qui se manifeste chez chacun d’entre nous, et mĂŞme chez certains sages, nous prĂ©cise-t-il. Car, pour le yoga, l’instinct est la rĂ©sultante de manifestions d’expĂ©riences rĂ©pĂ©tĂ©es de nos vies prĂ©cĂ©dentes. Rappelons-nous des « samskaras », ces semences de nos actions passĂ©es qui transmigrent, d’oĂą cette peur originelle qui peut accompagner mĂŞme les yogis avancĂ©s. 
Mais au-delà des enseignements du yoga traditionnel, je retiendrai, surtout, le caractère presque immature de notre approche de la mort. Car ne pas accepter l’inéluctable n’est pas très différent de l’enfant qui ne veut pas descendre du manège. Comme lui, nous aimerions toujours faire un tour supplémentaire...

L'ego

03/03/2021

L'ego

« L’égotisme vient de l’identification de celui qui voit avec ce qui lui permet de voir » (2.6)


Ce sutra me rappelle un autre expression qui dit « qu’il ne faut pas prendre les choses pour argent comptant ». C’est-à-dire de croire que ce que nous voyons...c’est nous-même ! Et, encore une fois, de confondre le stable, le témoin (celui qui voit) avec l’instable (ce qui est vu).
Par exemple, si je rencontre un grand succès, eh bien...je suis bon ! et puis le jour oĂą je rencontre une cuisante dĂ©faite...je suis nul ! Quand je suis une plage de Guadeloupe...je suis heureux et dans un appartement Ă  Ivry...je suis malheureux ! Suis-je donc cela ? Cette entitĂ© si volatile qu’elle puisse changer de nature en 10 minutes ? Ah bon, vraiment ? 
Il y a quelques mois, je m’étais déjà penché sur l’ego au cours d’un entretien avec Christophe Bats. Cette intervention concernait l’ego des coachs, et mes errances sur les réseaux sociaux me confortent un peu plus chaque jour dans mon propos. Cependant, je pense qu’on peut l’extrapoler à nous tous et à notre rapport à l’identité...

Refuser ou désirer ?

03/03/2021

Refuser ou désirer ?

« Le désir de prendre est lié à la mémoire du plaisir. » (2.7)

 

« Le refus est lié à la peur de souffrir. » (2.8)


C’est 2 sutras Ă©voquent un mouvement de nature pendulaire qui pourrait constituer l’essentiel de nos vies. Il consiste entre une alternance de dĂ©sir et de refus guidĂ©e presque exclusivement par le plaisir pour l’un...ou la peur pour l’autre. 
D’ailleurs si nous observons objectivement nos vies, nous constatons qu’effectivement nous souhaitons renouveler les expĂ©riences plaisantes et Ă©chapper aux souffrances Ă©ventuelles. Par exemple, nous aimerions retourner voir des concerts mais nous souhaiterions ne pas aller chez le dentiste...rien que de très normal en somme ! 
Pourtant Patanjali nous dit qu’en continuant de, systĂ©matiquement, « cliver » le monde, mĂŞme lorsque ce n’est pas nĂ©cessaire, nous entretenons les conditionnements. C’est d’ailleurs la source de la plupart des intolĂ©rances et des postures « de principe », que nous portons, et dont nous pourrions remettre en question la lĂ©gitimitĂ© si nous faisions l’effort de nous en rendre compte. 
L’époque nous encourage Ă  Ă©mettre un avis sur tout, d’ailleurs Ă  la fin de la pratique mĂ©ditative, lorsque je demande aux pratiquants qui dĂ©butent de me parler de leurs perceptions, la plupart d’entre eux me donnent immĂ©diatement une Ă©valuation : « c’était bien » ou « je n’ai pas aimĂ© », confondant ainsi le retour d’expĂ©rience avec l’émission d’un avis. 
Ce dialogue permanent, développera un peu plus les agitations de notre mental, mais surtout, il ne nous permettra pas d’accéder au lâcher prise. Car tant que nous serons « attachés », à ce point, aux plaisirs comme aux rejets, comment ne pas se perdre dans nos pensées périphériques comme un automobiliste tourne autour de sa destination sans jamais l’atteindre ?
Car la « mémoire du plaisir » ou la « peur des souffrances » ne laissent pas la moindre « chance au produit », comme disent les commerciaux, alors que décider de ne pas avoir d’avis sur tout, c’est se laisser l’opportunité de découvrir beaucoup plus de choses.
Le philosophe Schopenhauer disait : « La vie oscille comme un pendule, de droite Ă  gauche, de la souffrance (lorsque nous dĂ©sirons quelque chose) Ă  l'ennui (lorsque l’objet du dĂ©sir est satisfait).  Patanjali, constate Ă©galement une oscillation dans nos comportements : de la quĂŞte d’un plaisir Ă  la peur d’une souffrance. 
Il s’agit donc de parvenir à « se centrer » dans la stabilité du corps, dans un équilibre qui transcende les rivages du plaisir, de la souffrance ou de la frustration.

ça va passer...

31/01/2021

ça va passer...

Accepter que les situations, les choses et les ĂŞtres changent est parfois très difficile. D’ailleurs, avez-vous remarquĂ© comme nous aimerions que certains moments se figent ? Pourtant, tout ce qui naĂ®t, se transforme puis se dĂ©grade et disparaĂ®t est impermanent. Cette notion, centrale dans certaines spiritualitĂ©s comme le yoga et le bouddhisme mais reconnue par tous, caractĂ©rise tout ce qui ne cesse de changer, comme notre corps physique et tout ce qui nous entoure, sans exception. C’est le monde des causes et des consĂ©quences, c’est la nature de la matière. Et cela, il faut dĂ©jĂ  l’accepter. 
L’ignorance, c’est donc de prendre ces objets si mouvants pour des objets solides, prendre l’instable pour le stable, le sable pour la pierre. Et, donc, nous accrocher à ces choses qui nous fuient de peur de souffrir de leur disparition. C’est essayer de saisir la vie comme on tente d’attraper une savonnette mouillée !
Penser que nous pouvons maitriser l’immaitrisable telle que la vieillesse, la mort ou mĂŞme la mĂ©tĂ©o, est une source de souffrance, alors que cesser de vouloir contrĂ´ler ce qui n’est pas en mesure de l’être, c’est dĂ©jĂ  s’en libĂ©rer. 


« L’ignorance de la réalité, c’est prendre l'impermanent, l'impur, le malheur, ce qui n'est pas le Soi, pour le permanent, le pur, le bonheur, le Soi. » (2.5)


Plus encore, nous dit Patanjali, prendre cette instabilitĂ© pour notre vĂ©ritable nous-mĂŞmes, prendre notre corps pour le « je » est une mĂ©prise. Car, essayer de s’identifier Ă  un mouvement, ce n’est plus ĂŞtre capable de s’identifier du tout. 
« Qui sommes-nous vraiment ? » Le yoga pose cette question depuis plus de 2000 ans. 
Nous pouvons décider de découvrir notre centre ou de continuer de nous prendre pour sa périphérie.

Les causes de la souffrance

31/01/2021

Les causes de la souffrance

« Les causes de la souffrance sont l’ignorance, l’ego, l’attachement, l’aversion et l’attachement à la vie » (2.3)


Ce sutra est passionnant car le travail sur chacun de ces mots pourrait nous Ă©viter de nombreuses dĂ©sillusions. 
Après nous avoir expliquĂ© le but du yoga, Patanjali nous livre la mĂ©thode. Et, il commence par la première cause de nos souffrances : l’ignorance. Mais ignorer dans le yoga, et plus largement dans nombre de sagesses, n’a rien Ă  voir avec un manque d’érudition, ni mĂŞme avec une mĂ©connaissance des pratiques yogiques. Il s’agit de l’ignorance de sa nature vĂ©ritable, de notre mĂ©prise sur le « je ». C’est croire savoir qui nous sommes alors que nous ne le savons pas vraiment. 
« L’ignorance de la réalité est la source des autres causes de souffrance, qu'elles soient développées ou en sommeil. » (2.4)
Il nous dit, donc, que cette mĂ©prise sur notre propre « je » va crĂ©er toute une « cascade » de souffrances. Mais quelles sont les souffrances « en sommeil » dont il nous parle ? 
Attention ! nous commençons, ici, Ă  aborder la rĂ©incarnation...n’ayez pas peur ! Cela fait partie de la culture yogique, comme de la culture bouddhiste d’ailleurs, et nous ne pouvons pas l’éluder, quoi qu’on en pense.  
Ce sont donc les samskaras dont patanjali nous parle. Des « traces « de nos actions de nos vies passĂ©es qui ont transmigrĂ© avec notre centre immuable (notre purusha). Nous pourrions les qualifier de « dispositions » ou encore de « tendances » mentales. Car un nouveau-nĂ© n’est pas une coquille vide, pour le yoga : il est un corps physique altĂ©rable, un centre immuable (qui a transmigrĂ©)  et les « traces » d’actions passĂ©es, des "impressions" subtiles. 
Le pratiquant de yoga pourra, grâce Ă  sa pratique, inhiber les manifestations des samskaras, alors qu’au contraire, elles se rĂ©vèleront en cas d’ignorance du "soi". Mais, pour le yoga, tant que nous ne serons pas libĂ©rĂ©s, tant que nous continuerons de confondre notre "centre" (stable) avec sa pĂ©riphĂ©rie (instable), nous ne pourrons pas Ă©chapper au cycle des renaissances (samsara). 
Au-delà de notre avis sur la réincarnation et de son rapport à notre rationalité, le Yoga nous propose de mettre fin à un processus de souffrance sans fin, y compris dans notre propre vie (celle qu’on connait maintenant)
« Si vous vous énervez quotidiennement face à tel ou tel choses que vous n’êtes pas en mesure de contrôler...pratiquez ! Vous n’êtes pas ces agitations ! »

De l'importance de l'Ă©tude

31/01/2021

De l'importance de l'Ă©tude

Que l’on soit pauvre ou riche, malade ou bien portant, beau ou laid, fort ou faible, cultivĂ© ou pas, que tu fasses le chien tĂŞte en bas ou que tu en sois incapable...le Yoga que je transmets rĂ©pond : 
« Si tu savais Ă  quel point tu es grand en toi-mĂŞme, et donc parfaitement lĂ©gitime, tu donnerais Ă  tout ça beaucoup moins d’importance. » 
Mais le yoga nous dit qu’il y a tout de mĂŞme une attitude et un comportement moral qui nous rapprochera de cette conscience de nous-mĂŞmes.  C’est le problème des philosophies qui mutent en dogme de systĂ©matiquement chercher Ă  nous imposer un mode de vie et donc, inĂ©luctablement Ă  repartir vers des rives clivantes qui distingueront les bons pratiquants des mauvais. 
Cependant Patanjali nous dit : 


« De naissance, certains êtres connaissent le samadhi (...) » (1.19)
« Les autres le connaissent grâce à l’étude (...) (1.20)


Le yoga rĂ©fute l’idĂ©e « d’élus » mais insiste sur le travail, l’énergie et l’implication. 
Il n’y a donc qu’un pas Ă  voir dans telles ou telles virtuositĂ©s respiratoires et posturales, une forme d’accès au salut. C’est le problème de cette transition du « faire » (respiration, postures, mantra...) vers « l’accueil » (mĂ©ditation), de l’émission vers la rĂ©ception, qui peut ĂŞtre bien encombrĂ© par notre ego. 
Reprenons un instant, les principes du yoga sous forme d’histoire : Si nous Ă©tions tous dĂ©tenteur d’un trĂ©sor cachĂ© chez nous, par exemple 1 milliard. Eh bien, dĂ©jĂ , nous commencerions Ă  le chercher. Peut-ĂŞtre d’abord de façon dĂ©sordonnĂ©e puis, en cas d’échec, de façon plus organisĂ©e. Mais il est lĂ , c’est sur et, en plus, personne ne nous le volera puisque chacun en dispose. 
On ne peut pas non plus spĂ©culer sur ce trĂ©sor puisque tout le monde en a un, ni mieux, ni moins bien. 
Est-il vraiment nécessaire de sonder le sol avec des machines couteuses ou de casser les fondations de la maison pour le trouver ? Patanjali nous répondrait : non, au contraire, plus vous simplifierez vos recherches en épargnant votre maison, plus vous aurez de chance de le trouver. Retirez les meubles et les objets inutiles et là, il apparaitra !

Du grossier au subtil

31/01/2021

Du grossier au subtil

Dans la pratique du Yoga, nous avons donc dit que samappati Ă©tait la fusion entre : nous-mĂŞmes, un objet (de concentration) et nos moyens de connaissances de cet objet, et ceci avec ou sans mots. C'est ce qui peut se produire pendant les postures, par exemple.
Mais il s’agit d’une « méditation » sur les éléments grossiers. Si je reprends l’exemple d’un objet corporel tel que ma tête, nous allons « fusionner » avec les éléments qui la composent.
Le samadhi est un peu diffĂ©rent car il est une mĂ©ditation sur les Ă©lĂ©ments subtils, c’est-Ă -dire tout ce qui apparaĂ®t en nous-mĂŞmes, Ă  l’exception du purusha, le centre permanent. 
Nous passons, ainsi, d’une méditation formelle vers une méditation plus intuitive.


« En atteignant la nature subtile des choses, le Samadhi participe de l’indifférencié » (1.45)


C’est donc l’accès Ă  l’unitĂ©. 
Par contre cet état d’unité comporte « encore des graines ». Ces graines sont des « impressions », c’est-à-dire « l'idée que nous nous faisons d'une situation à partir de nos connaissances, de nos souvenirs ».
Lorsqu’enfin on atteint le samadhi sans graines ou sans semences, c’est le Nirbija samadhi. C’est l’état le plus Ă©levĂ© pour un yogi. C’est la rĂ©alisation de sa vĂ©ritable nature. 
C’est l’accès à notre centre (purusha), à la pure conscience, libre des attachements et des conditionnements.

La transparence du cristal

25/01/2021

La transparence du cristal

Le cristal se caractérise par sa transparence, ainsi, il prend la couleur du support sur lequel il repose. En effet, il suffit de regarder, à table, notre verre lorsqu’il prend la couleur de la nappe...
Au mĂŞme titre, si nous laissons passer nos pensĂ©es en nous concentrant sur un seul et mĂŞme objet, nous fusionnons avec l’objet de notre concentration et les moyens qui nous permettent de le contempler. "Comme un diamant, sans dĂ©faut, qui reflète fidèlement la couleur de l’objet sur lequel il est posĂ©" (sce : Martyn Neal) 
C’est ce qui se produit lorsque je me concentre sur une partie de mon corps, par exemple : le sujet (moi) fusionne avec ma tĂŞte (objet de ma concentration) et avec les outils qui me permettent d’accĂ©der Ă  la prĂ©sence de ma tĂŞte (rĂ©cepteurs sensoriels). 
C’est le Samapatti, une « Ă©tape » mĂ©ditative dans le processus du Yoga. 


« Les turbulences de la conscience périphérique étant apaisées. Comme un cristal reflète le support sur lequel il repose, le mental est en état de réceptivité parfaite vis-à-vis du connaissant, du connu et du moyen de connaissance. Cet état de réceptivité est Samâpatti. » (1.41)


Il y a 2 types de Samapatti : un pendant lequel nous continuons à raisonner sur l’objet de notre concentration et à poursuivre notre « conversation intérieur » (savitarka), l’autre « sans les mots », pendant lequel nous faisons silence (nirvitarka). Et se taire, à l’intérieur de nous-mêmes, n’est pas la moindre de nos difficultés

Heureux ou malheureux...

25/01/2021

Heureux ou malheureux...

Dans mon cheminement, autour des Sutras Yoga, je retiendrai, aujourd’hui, le 33ème du premier chapitre. En effet, le texte est divisé en 4 parties, dont la première (samadhi pada) est consacrée à décrire la finalité du Yoga :


« Il y a l'apaisement du mental grâce aux attitudes suivantes : l'amitié vis-à-vis des situations heureuses, l'empathie vis-à-vis des situation malheureuses, l'enthousiasme vis-à-vis des situations auspicieuses (favorables), l'absence de considération vis-à-vis des situations non-auspicieuses (non-favorables). » (1.33)


Patanjali, nous suggère ici, une attitude relativement constante face aux évènements de la vie, bons comme moins bons. Il nous propose de convertir nos sentiments de colère ou d’indignation en comportements moins toxiques. Il nous suggère de nous épargner de telles souffrances.
Mais il ne faut pas se mĂ©prendre, cette attitude ne caractĂ©rise pas un dĂ©ni de rĂ©alitĂ©, mais la consĂ©quence d’un changement de paradigme (point de vue). 
Patanjali, dans cette voie vers l'Ă©quanimitĂ©, ne nous encourage pas seulement Ă  nous dire « après tout, ce n’est pas grave », et particulièrement lorsque c’est vraiment grave, mais il nous guide afin de ne plus systĂ©matiquement "cliver" le monde. 
Car le Yoga ne nie jamais la rĂ©alitĂ© objective des Ă©vènements heureux ou malheureux qui jalonnent nos vies. Simplement, il nous dit que l’essentiel est ailleurs, dans la dĂ©couverte d’un autre champ. 
Afin d’illustrer ce propos, je dirais que le yoga nous pose la question : « Peut-on combattre une idĂ©e par son idĂ©e contraire ? ». Sans doute, mĂŞme si nager Ă  contre-courant risque d’être difficile et ne nous mettra jamais complètement Ă  l’abri d’être Ă  nouveau emporter. Ne serait-il, donc, pas plus judicieux de nous poser sur la rive ? 
Car passer du mal au bien, si c’est une bonne nouvelle, ne nous extrait jamais du processus lui-mĂŞme puisque ce sont les 2 faces d’une mĂŞme pièce. 
Ce changement de « point de vue » s’opèrera, donc, sur le chemin d’accès à notre centre (notre purusha). Car, en fonction des techniques et de la plus ou moins grande présence de constructions mentales et sensorielles, lors des pratiques, il y a plusieurs stades pour accéder à notre complète libération.
Dans certaines traditions, les asanas (postures) inversées, de type « viparita karini » (la chandelle), incarnent ce changement de paradigme.

OMMMMMM

25/01/2021

OMMMMMM

Le Om est devenu une sorte de gimmick du yoga, pour le meilleur et pour le pire, qu’il soit en fond d’écran ou sur un t-shirt, le Om est partout. Et pourtant il n’est pas du tout anecdotique. 
Cette formule à dimension mystique est répétée, la plupart du temps, en fin et en début de cours. Patanjali nous en parle entre autres dans les sutras 1.24,27,28 :
« Ishvara est un Purusha spĂ©cial, Ă©pargnĂ© par la misère, les rĂ©sultats des actions, ou dĂ©sir » 
« Sa parole manifestĂ©e est Om » 
« Sa répétition permet d’entrer dans sa signification »
Il existe depuis tout temps un grand dĂ©bat autour d’Ishvara qui est qualifiĂ© de « seigneur » dans les sutras. Les spĂ©culations ont Ă©tĂ© nombreuses : est-il un dieu, une entitĂ© ou encore la manifestation de l’universel ? Est-il Brahman  ? Le Om serait-il comparable Ă  l’Amen des catholiques et Ă  l’Amine des musulmans ?
Sachant que la philosophie Samkhya, dont le yoga de Patanjali est issu, est une philosophie non-dĂ©iste mais que le yoga a subi la porositĂ© des mythes et des traditions hindouistes, je ne m’inscrirai pas dans un tel dĂ©bat tant il est complexe. 
ConsidĂ©rons plutĂ´t le Om comme le principe suprĂŞme, la cause première de tout, elle-mĂŞme sans cause...l’absolu originel. Emettre le Om, c’est se relier Ă  l’indicible universel. Et Patanjali, nous dit qu’en Ă©tablissant ce lien avec le principe universel (purusha), nous nous rapprochons de notre propre « centre ». 
Dans les pratiques que je guide, au-delà de toute religiosité, je considère que le Om nous relie à l’infiniment grand et c’est déjà beaucoup. Il nous sensibilise à l’immensité de notre ignorance et nous éloigne, ainsi, de toute forme d’identification et donc d’agitation mentale. Nous avons parfois des impressions de même nature du haut d’une montagne ou face à l’océan, ce sentiment de dissipation de notre ego face à l’immensité...
De façon plus prosaĂŻque, je dirai Ă©galement qu’il s’agit, d’abord, d’émettre un son ! Et ceci aura des consĂ©quences tout Ă  fait positives sur notre organisme. La mobilisation de notre diaphragme, notre principal muscle respiratoire, ainsi que l’activation du système nerveux parasympathique (le frein de notre organisme) provoqueront beaucoup d’apaisement. « La conscience pĂ©riphĂ©rique s’intĂ©riorise et les obstacles disparaissent » (29). 
C’est pour cela que le yoga est une activité physique car il ne s’agit pas de conceptualiser son centre mais bien de le découvrir.